Le jeu des différences

Chambly : l’intelligence artificielle demeure un outil à maîtriser

L’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) à des fins de marketing demeure à peaufiner chez certaines boîtes, comme le démontre une publicité publiée par l’événement Bières et Saveurs de Chambly impliquant des éléments qui ne représentent pas la réalité.

L’IA se répand, notamment en matière de contenu numérique produit par les agences. Toutes ne maîtrisent pas encore l’outil qui se développe rapidement. 

C’est le cas d’une publicité déposée (retirée ensuite) sur la page de l’événement Bières et Saveurs de Chambly impliquant l’IA. Dans celle-ci, on constate une version du fort qui ne ressemble pas à celui de Chambly, ainsi qu’un drapeau du Québec plaqué d’étoiles au lieu de fleurs de lys. « C’est comme publier une publicité avec une faute dedans. Ce n’est pas une faute grave, mais c’est bâclé. Ça pourrait être plus rigoureux. C’est un manque de professionnalisme dans l’exécution », remarque David Pieropan, producteur de contenu qui détient un studio de création intégrant l’IA. 

Mélissa Canseliet est experte en neuroscience et en cyberpsychologie. Elle analyse les comportements en ligne et donne de la formation en lien avec l’IA. Elle soutient qu’il y a un décalage entre ce que l’on se représente d’une IA et la réalité. « On a une publication d’une personne qui, à priori, n’a pas une formation en IA. C’est le problème du côté intuitif de l’IA. Du coup, on pense que l’on n’a pas besoin de mode d’emploi. Ça donne l’illusion qu’on la maîtrise, mais c’est faux », observe-t-elle. Elle rappelle que l’IA commet des erreurs. « Et on ne vérifie pas parce que l’on a l’illusion qu’elle nous transmet une réalité complète et objective du monde. »

« C’est parti d’une super bonne idée pour les médias sociaux, convient toutefois M. Pieropan quant au rappel à la bière en utilisant un nuage dans le ciel. Le problème n’est pas l’utilisation de l’IA, mais bien que ça a été fait tout croche. » Il renchérit, précisant que le Bières et Saveurs de Chambly avait le « droit de publier de cette façon maladroite, c’est correct. Mais moi, j’ai un droit de critique en disant qu’il s’arrange pour faire mieux la prochaine fois ».

Séduisant pour le marketing

Mme Canseliet considère l’IA comme étant « extrêmement séduisante » financièrement d’un point de vue marketing. « Ça peut s’avérer efficace, mais il faut des formations adaptées, non pas à l’outil, mais à ce que représente l’outil, son utilité et ses limites. C’est le symptôme que l’on met la charrue avant les bœufs », image-t-elle.

David Pieropan se réfère au AI slop, qui est défini de façon péjorative comme un média de mauvaise qualité comprenant des textes, des sons et des images réalisés à l’aide d’une technologie IA générative. « On sort du contenu rapidement et on a l’impression que de produire du contenu de qualité devient extrêmement facile. C’est juste que ça n’enlève pas l’appréciation humaine, la curation et le savoir-faire du travail d’artisan. Ce n’est pas parce que c’est plus facile que ça élimine l’expérience acquise au fil des années », nuance-t-il.

« Si l’IA nous permet de gagner du temps, c’est que l’on doit ajouter de la valeur humaine à ce que l’on fait. Je vois l’IA comme un appel à des compétences humaines, qui sont déjà valorisées sur le marché du travail », ajoute Mélissa Canseliet.

Baliser et régir l’IA

David Pieropan estime que la notion de droits d’auteur devra changer. « Elle n’est pas adaptée à notre époque d’abondance et de production de contenu incommensurable. Ce sont des réflexions sociétales que nous devrons avoir dans les prochaines années. »

Mélissa Canseliet croit au balisage de l’outil. « Il faut réguler l’IA. La régulation sert à protéger. Mais même s’il y a des régulations, si l’on n’est pas formé, on va toujours courir après la technologie », complète-t-elle.