Chambly : les agriculteurs obligés de travailler avec l’essence
Avec un prix du litre de diesel au-delà de 2 $, les agriculteurs voient la saison des récoltes se lancer dans l’incertitude. Leur système de fonctionnement ne connaît pas d’autre solution.
Face à l’augmentation significative du coût de l’essence, l’option de l’électrique pourrait-elle entrer dans l’équation? « J’ai vraiment trop de superficie à couvrir pour m’équiper avec de l’électrique, assure Philippe Beauregard, agriculteur à Rougemont. Il me faudrait un tracteur électrique et ce n’est pas possible. » Bruno Lacombe, maraîcher à Saint-Mathias-sur-Richelieu, vit le même problème. « Cela manque de puissance pour travailler. On ne peut pas changer de méthode de travail, car il n’en existe pas d’autre. »
Loi du marché
Dès lors, si les coûts de production augmentent, les prix des fruits et légumes suivront-ils la même trajectoire et dans les mêmes proportions? « Ce n’est pas nous qui décidons, c’est le marché!, assure Philippe Beauregard. C’est un système d’entraînement. On se fie au prix fixé à Montréal, car nous y sommes présents. Mais ce n’est pas ma ferme qui va décider s’il faut monter les prix ou non. Certains peuvent s’essayer en montant de 25 sous, mais il peut y avoir des conséquences. Par exemple, c’est la saison des asperges. Avec la chaleur, elles seront plus nombreuses et cela fera baisser leur prix. On souhaite toujours se conformer à un prix correct pour le producteur et le consommateur. »
Un raisonnement qui fait écho du côté de Saint-Mathias-sur-Richelieu, où Bruno et Meredith, d’Agri Lacombe, préparent leurs oignons. « Je doute que les distributeurs nous donnent davantage d’argent à cause du prix de l’essence, estime Bruno. Ce sera vraiment le marché qui décidera. »
Le Rougemontois nourrit de bons espoirs sur les récoltes à venir mais s’interroge sur l’argent qu’il va gagner. En cause, le contexte géopolitique avec en point de mire le prix de l’essence. Encore récemment, le diesel affichait près de 2,60 $ le litre à certaines pompes. « On s’en inquiétera davantage au milieu de l’été. Car si, par miracle, la guerre s’arrêtait demain, les prix à la pompe ne baisseront pas avant des semaines! Or, nous n’avons pas le choix de faire fonctionner notre machinerie. »
Optimisme
Pour le moment, les agriculteurs ne se plaignent pas du climat. Mais une sécheresse comme celle de l’année dernière aurait-elle d’autres conséquences? « Nos réservoirs d’eau sont pleins. Donc, nous agissons comme d’habitude, poursuit Philippe Beauregard. Si une sècheresse intervient, il faudra beaucoup de tuyaux et de génératrices, cela demandera aussi plus de maintenance. On sera en mode urgence, comme d’habitude dans ces cas-là. »
Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs s’affairent dans les champs. Malgré tout le contexte, la saison qui se présente éveille de l’optimisme chez les professionnels. Bon temps ou sous la pluie, les récoltes se préparent déjà. « Regardez mes pommiers, sourit Philippe Beauregard, agriculteur/maraîcher au potager Mont-Rouge à Rougemont. Dans quelques jours, ce sera un immense espace de fleurs blanches avant de donner des pommes. Ce sera magnifique! »
Dans un communiqué, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a salué l’annonce de la première ministre du Québec, Christine Fréchette, de rembourser les entreprises agricoles en matière de tarification du carbone et de soutenir davantage la relève, à hauteur de 87 M$, en raison notamment de la flambée des prix du pétrole et du mazout.



