Chambly : la Ville refuse deux démolitions
Le comité de démolition de Chambly a refusé deux demandes de démolition de maisons appartenant à l’inventaire patrimonial de la Ville. La mairesse, Alexandra Labbé, souligne l’importance de la mobilisation citoyenne dans cette décision.
La réunion du comité de démolition a vécu une affluence inhabituelle, mercredi dernier à l’édifice Joseph-Ostiguy de Chambly. La raison? Le comité rendait sa décision concernant la démolition demandée des numéros 83 et 102 de la rue Saint-Pierre.
Une trentaine de citoyens étaient présents. Parmi eux, des voisins venus défendre leur point de vue concernant la préservation du patrimoine, mais aussi une architecte prête à promouvoir son projet, validé si l’une des deux démolitions est confirmée, ainsi que des nouveaux propriétaires voulant sécuriser leur maison. « Nous vous accueillons et donnons la parole pour écouter vos opinions, mais ce n’est pas une consultation publique, encadre Carl Talbot, président du comité de démolition. Depuis cet automne, nous avons beaucoup échangé avec les différents acteurs des projets et nous avons reçu des dizaines d’avis d’opposition provenant des citoyens. »
Décision difficile
Plusieurs arguments ont défilé, dont « la valeur des travaux par rapport à celle de la maison », « l’attachement au quartier » ou encore « la promesse de garder le style patrimonial » de ces maisons qui appartenaient autrefois à des artisans de Chambly. Après avoir étayé l’ensemble des critères dans le processus, le comité de démolition a finalement rejeté les deux demandes. Les 83 et 102 de la rue Saint-Pierre restent donc en l’état en attendant de possibles rénovations. Un recours demeure possible auprès du conseil municipal dans les trente jours.
Cet épisode fait réagir Alexandra Labbé, mairesse de Chambly. « Cette réunion est le bon exemple de la difficulté à prendre une décision. Des personnes aux opinions différentes constituaient l’assemblée et il est évident que certaines allaient repartir déçues. Dans ces cas-là, on revient souvent vers le bien commun. »
La communauté, justement, avait largement déclaré son opposition à ces deux projets et avait fait part de son inquiétude concernant la conservation de l’intérêt patrimonial de la rue Saint-Pierre, l’une des artères historiques de Chambly. « J’ai envie de souligner la mobilisation et la communication des citoyens. C’est difficile de prendre une décision courageuse de protéger une maison patrimoniale, mais le travail en est facilité quand on sent la voix de ces derniers. Avec ce qui est arrivé ces derniers jours, je trouve que l’on a raison d’être fiers du patrimoine à Chambly et que nous comprenons tous sa valeur. »
Pour faire basculer une décision, des critères précis sont pris en compte au terme d’un processus qui se veut transparent. Cela passe par l’emplacement de la maison, son état, les travaux nécessaires ou encore si elle est habitée ou non. « Il est possible que l’avis de démolition du 83 et du 102 de la rue Saint-Pierre aurait été différent si ces deux maisons étaient situées ailleurs, poursuit Alexandra Labbé. Nous avons nommé la rue Saint-Pierre dans notre inventaire patrimonial. Cela ne la protège pas forcément, mais comment voulez-vous protéger quelque chose qui n’est pas nommé? Si l’on ne sait pas pourquoi elle a de la valeur, nous n’avons aucune raison de la protéger. La rue Saint-Pierre est caractéristique, car c’est elle qui a le plus de volumes originaux d’un format plus ordinaire. En contraste avec les manoirs ou les grandes maisons, on a, cette fois, eu du courage pour sauver du patrimoine ordinaire. »
Relations avec la Ville
L’émotion de la population était remontée jusqu’aux oreilles de la Ville. La mairesse chamblyenne comprend ce phénomène. « C’est légitime, après ce que nous avons vécu avec la maison Boileau et tant d’autres. Mais la Ville doit écouter une demande de démolition, c’est légal. On a une méfiance à Chambly sur ce sujet. J’ai l’impression que cela fait six ans que je travaille à changer la culture et on a vraiment installé une réelle ouverture et une communication dans les deux sens entre le conseil et les citoyens. Je sens encore quand même de la méfiance chez certains qui se disent »Je ne serai pas entendu ». Je ne pourrai pas défaire cette méfiance s’il n’y a pas un pas vers nous. »
Pour justement éviter des situations lors desquelles de nouveaux ou de futurs propriétaires dépensent du temps et de l’argent pour des plans au sujet de leurs maisons patrimoniales, la Ville de Chambly a établi un programme.
« Avant toute chose, il faut parler au Service d’urbanisme, affirme Alexandra Labbé. Cela permet d’être sûr de faire les premiers bons gestes. Ensuite, nous proposons un service d’accompagnement avec des professionnels. »
