Chambly : la communauté contribue pour une nouvelle clinique en santé mentale

Des citoyens mettent la main à la pâte afin d’aider une nouvelle clinique privée en santé mentale à ouvrir ses portes, en mars, à Chambly. Comme l’indique l’Enquête québécoise sur la santé de la population, les besoins sont manifestes.

Des ressources pour la santé mentale s’ajoutent à Chambly. Après le Cabinet CSMQ, Stråla deviendra la deuxième clinique privée dans le domaine au sein de laquelle œuvrent des infirmières praticiennes spécialisées en santé mentale (IPSSM).

Québec ne subventionne pas ce genre d’initiative. Pour démarrer le projet, les dépenses concernent principalement l’incorporation de la clinique, la mise en branle du volet informatique, ainsi que l’espace à louer. Afin de meubler le lieu, la clinique a fait appel à la population. Chaises, divan, bureau de travail, petite table, décoration, livres, magazines, machine à eau et machine à café ont été demandés. « Le but n’est pas d’aller au Ikea dépenser 6 000 $. On veut que ce soit à l’image des citoyens d’ici et que les gens s’y retrouvent. Ils ont été super généreux », fait savoir Virginie Lorrain, l’une des deux IPSSM qui ont fondé le projet.

Pour alléger le fardeau financier, les deux IPSSM ont également priorisé l’échange de services avec d’autres professionnels. « On a essayé de trouver un modèle d’affaires qui ne nous fait pas trop dépenser », cite Mme Lorrain. Elle prévoit que les premiers mois ne seront pas bénéfiques, financièrement parlant. « On est vraiment optimistes que dans la première année, ça va se placer. »

Enquête sur la santé mentale

Tous les six ans depuis 2008, l’Institut de la statistique du Québec réalise l’Enquête québécoise sur la santé de la population (EQSP) pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. La troisième édition de cette enquête a eu lieu en 2020-2021, dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Plus de 47 000 personnes de 15 ans et plus de partout au Québec y ont participé.

L’étude révèle une dégradation du bien-être et de la santé mentale de la population en 2020-2021. La proportion de personnes se situant au niveau élevé de l’échelle de détresse psychologique a connu une hausse, passant de 32 % en 2014-2015 à 39 % en 2020-2021. Environ 3,7 % de la population québécoise de 15 ans et plus a eu des idées suicidaires sérieuses en 2020-2021, ce qui représente une légère augmentation par rapport à la proportion observée en 2014-2015 (3,1 %). Cette augmentation statistiquement significative est constatée seulement chez les femmes (3,3 % c. 4,0 %) et chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans (4,1 % c. 8 %). 

Selon l’EQSP, environ 11 % de la population présente des symptômes du trouble d’anxiété généralisée. Les femmes (15 %) en plus grande proportion que les hommes (8 %). Les jeunes âgés de 15 à 24 ans sont également proportionnellement plus nombreux que les personnes des autres groupes d’âge à présenter de tels symptômes. « Il convient de mettre en relation ces résultats avec le contexte de la pandémie, qui a pu avoir, à un moment ou un autre, des répercussions négatives sur la santé mentale de la population », recadre l’Enquête.

« Qualité de services médiocre »

À un point de sa carrière, Virginie Lorrain s’est tournée vers le privé. « Au public, on a beaucoup de contraintes de temps. La qualité des services est quand même assez médiocre. Ça ne reflétait pas mes valeurs, d’où la raison pour laquelle je suis passée au privé », expose la femme, qui enseigne au programme de baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de Montréal. 

L’idée de la clinique est venue lorsqu’un membre de sa famille a eu besoin de soins à Chambly. « On a essayé d’appeler les cliniques locales et les listes d’attente étaient élevées pour avoir accès à un spécialiste. Quand quelqu’un a besoin d’aide, il faut le saisir au moment opportun », indique la Chamblyenne. Travaillant déjà dans une clinique médicale privée à titre d’IPSSM, elle a décidé de rompre son lien d’emploi et d’ouvrir plutôt sa clinique dans la ville où elle demeure. 

Advenant une demande trop élevée, l’IPSSM envisage de ne pas se mettre à traîner une liste d’attente qui ralentirait sa capacité à desservir dans les délais souhaités. « Nous allons engager un nombre d’intervenants/IPS suffisant pour répondre à la demande. Nous allons aussi proposer divers professionnels de la santé afin de nous assurer que les besoins des personnes sont répondus par les bons intervenants au bon moment », résume Mme Lorrain.

La clinique n’associe aucun coût à l’inscription, ce qui n’est pas commun dans le milieu privé. « La mission est de redonner à la communauté et de lui être accessible. On ne veut pas de lourdeur de paperasse. On veut que dès que les gens ont un besoin, ils s’inscrivent et consultent », explique Mme Lorrain. Avec sa collègue, elle gèrera le volet administratif. Au moment d’écrire ces lignes, cela faisait 48 heures que la clinique avait ouvert sa plateforme de prise de rendez-vous. Elle en dénombrait alors quatre pour la journée d’ouverture. La clinique sera située sur l’avenue Bourgogne, près des organismes Aux sources du Bassin et Posa/Source des Monts.

Nouvelle unité de psychiatrie

En juin dernier avait lieu l’inauguration des nouveaux locaux réaménagés de l’unité de psychiatrie de l’Hôpital du Haut-Richelieu. Le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre chiffre que, chaque année, plus de 3 000 personnes franchissent les portes de l’urgence de l’établissement pour des raisons liées à la santé mentale.