Chambly : exo critiqué dans une étude de l’IRIS
Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) avance qu’exo est le transporteur le moins fiable au Québec. Le chercheur Colin Pratte affirme que la sous-traitance est la raison principale de ses maux.
« Comprenez bien que nous ne faisons pas que contester l’audit sur les transports en commun demandé par le gouvernement en 2024. On renverse complètement le bilan! La recherche de Raymond Chabot Grant Thornton affirme qu’exo est l’exemple à suivre. Pour nous, c’est le transporteur qui affiche le pire bilan au Québec! » Colin Pratte est chercheur à l’IRIS. Il a collecté les données des différentes sociétés de transport en commun. « J’ai eu recours à la demande d’accès à l’information. Le but est de montrer les conséquences de la sous-traitance dans le transport en commun. »
« Les pouvoirs publics devraient investir massivement dans leurs transports en commun. » – Colin Pratte
Ainsi, son étude s’attaque rapidement à exo, le transporteur gérant en partie la Rive-Sud près de Montréal, comprenant Saint-Bruno-de-Montarville, qui sous-traite totalement ses services à des compagnies privées, la seule structure dans ce cas au Québec. « Le taux moyen de plaintes par 100 000 déplacements d’exo a été plus de quatre fois supérieur à celui des sociétés de transport du grand Montréal dans la dernière année, » assure le document.
Nombre de chauffeurs en question
Colin Pratte revient sur le taux de bris, qu’il estime « deux fois plus élevé que celui des autres compagnies » pour une raison de pénurie de main-d’œuvre. « La majorité des bris de service de bus d’exo est due à l’absence de chauffeurs, affirme le chercheur. La question qui se pose est »Pour quelle raison exo n’arrive pas à attirer ou à garder les chauffeurs? ». Simplement parce que les entreprises privées offrent des salaires 30 % inférieurs à ceux des entreprises publiques, ainsi que des conventions collectives moins intéressantes. Si un chauffeur demeure sur la Rive-Sud, il préférera d’abord envoyer sa candidature à la Société de transport de Montréal ou de Laval plutôt qu’à exo. »
Alors que l’audit de performance livré au gouvernement montrait l’efficacité financière d’exo, Colin Pratte prend totalement le contrepied. « Pour qu’un service de transport en commun soit de qualité, il faut que les conditions de travail soient au rendez-vous. L’audit de performance de Raymond Chabot Grant Thornton donne comme solution de sous-traiter les services afin de faire des économies. exo affiche d’ailleurs des coûts bien inférieurs aux autres pour chaque kilomètre réalisé. Or, le grand absent de ce constat est la qualité de service. L’achalandage est sensible à la qualité des services. Le gouvernement a été conseillé pour une vision économique sans être documenté sur les conséquences de la sous-traitance. »
Pour conclure, Colin Pratte estime que les orientations budgétaires doivent être réévaluées. « Le constat est implacable. La seule société qui sous-traite à 100 % ses services au privé affiche le pire bilan de qualité de service. Les pouvoirs publics devraient investir massivement dans leurs transports en commun plutôt que de les renvoyer à leurs bilans financiers et aux fausses bonnes solutions. On assiste actuellement à un sous-financement public du transport en commun et, face à ce phénomène, les sociétés de transport coupent en confiant davantage de responsabilités au privé. exo va perdre 11 % de ses effectifs prochainement. On peut s’interroger sur les conséquences. »
Interrogée, l’entreprise exo prend le temps de la réflexion à propos de cette étude. « Nous prenons actuellement connaissance du rapport publié par l’IRIS. Comme il vient tout juste d’être rendu public, nous procédons à une analyse rigoureuse de son contenu avant de formuler une réaction plus détaillée. »
Moins de perturbations
Néanmoins, l’organisme tient à répondre quant à sa capacité à gérer le réseau sur Chambly et, plus largement, sur la Rive-Sud. « Malgré un contexte financier difficile, l’évolution des habitudes de déplacement des usagers et une croissance démographique soutenue en couronnes, notre modèle d’affaires demeure performant, agile et efficace. De plus, une comparaison directe avec les autres sociétés de transport du grand Montréal est difficile. Le réseau d’exo se déploie sur un territoire unique, trois fois plus vaste que ceux de Laval, de Longueuil et de Montréal réunis, et couvrant 84 municipalités. »
Pour preuve, exo tient à rappeler quelques chiffres. « Les données compilées pour le service d’autobus depuis le 1er janvier 2025 témoignent clairement de la réduction des perturbations. Le taux de livraison de service, qui avoisinait 97 % au plus creux de la pénurie en 2022, atteint maintenant 99,6 %. Les annulations, qui représentaient 10 % des perturbations en 2022, ne comptent plus que pour 5,1 % aujourd’hui. Enfin, le manque d’effectifs est responsable de 2,1 % des perturbations, alors que ce chiffre atteignait 37 % en 2022. Ajoutons à ceci que le facteur ayant le plus d’impact sur notre ponctualité en 2025 demeure la congestion routière, qui représente plus de 60 % des causes de retards, contre seulement 3 % liés au manque d’effectifs. »
