Chambly : établir des aides professionnelles pour les sourds et malentendants
Une Chamblyenne se bat en justice contre un licenciement qu’elle estime « abusif ». Elle a décidé de parler pour inspirer d’autres personnes victimes de handicap.
Johanne (nom d’emprunt, NDLR) est malentendante. « Elle a été détectée 100 % sourde à l’oreille droite et en grande partie à l’oreille gauche. C’est l’un des plus hauts degrés de surdité, précise Stéphane Rehel, son compagnon. Elle a été victime d’une méningite à l’âge d’un an et demi. »
En procédure judiciaire contre son ancien employeur, Johanne ne peut parler mais tient à ce que son cas témoigne des difficultés supplémentaires que peuvent vivre les personnes dans son cas sur le marché du travail. « Elle a réussi à avoir un bon parcours scolaire et universitaire, poursuit son compagnon. Elle a obtenu un DEC comme archiviste médicale et un baccalauréat en traduction. Son parcours professionnel s’est très bien passé, puisque les employeurs ont toujours mis des accompagnements tels que l’absence de service à la clientèle ou encore une communication majoritairement écrite. C’était respectueux. Jusqu’au dernier qui a voulu traiter Johanne comme toute autre personne. »
Quelles solutions?
Le problème, selon le couple, est le changement d’univers professionnel, où le rendement est devenu une nécessité. « Johanne lit sur les lèvres pour comprendre les personnes, explique Stéphane Rehel. Or, pendant la pandémie, les gens avaient leurs lèvres cachées par le masque ou la buée sur les masques transparents. La communication est devenue impossible, mais sa hiérarchie voulait des résultats. Au bout du compte, elle s’est fait renvoyer. »
Désolé pour sa compagne, Stéphane Rehel regrette le manque de solutions proposées. « Nous sommes dans une ère de haute technologie et rien n’est proposé pour les personnes sourdes. En la connaissant davantage, je vois à quel point il est difficile pour ces gens de pouvoir évoluer dans la société. Elle finit ses journées constamment brûlée, car, pour elle, communiquer exige bien plus d’efforts que pour les personnes standards. »
Gael Lefebvre, chargé de projets à Réseau surdité Montérégie, regrette cette situation. « Malheureusement, je ne suis pas surpris et cela ne concerne pas uniquement les personnes sourdes. Le problème se trouve lorsque les personnes en situation de handicap se retrouvent face à un système qui prône l’efficacité à tout prix. Les entrepreneurs sont humains en général et ils veulent insérer des accommodements. Quand on les met sur la table et les développe, on ne tient pas forcément compte de l’efficacité. Là où ça coince, c’est lorsqu’on se heurte à la loi du marché. Quand on rentre dans les services à la pièce, il faut convaincre les décideurs de sortir l’argent et il faut le faire parfois à répétition. »
Problème de société
Afin de lutter contre ce phénomène, Gael Lefebvre espère une réponse sociétale. « Je tire mon chapeau à Johanne, qui va au bout de sa cause. Le problème est qu’elle est seule pour faire son chemin de croix. Et aller au bout de celui-ci n’est pas donné à tous. L’Office des personnes handicapées du Québec n’a pas les armes pour lutter. Alors oui, il faut payer les réparations à Johanne pour le préjudice subi, et c’est une leçon à retenir pour l’employeur. Le problème, c’est que cela se fait dans un contexte d’opposition et ce n’est pas cela que l’on veut. Il faudrait être davantage dans le compromis. »
Le responsable de projets estime aussi que le contexte exige des progrès, car la situation de Johanne n’est pas une première. « Une sorte de cynisme s’est développée dans la population sourde. Dans l’imaginaire collectif, par le passé, certains confondaient les personnes sourdes et stupides, car elles ont pour point commun de ne pas comprendre quand on parle. Cela désinvestit la population sourde dans l’espace public. Malgré tout, le point positif, c’est que le fait d’en parler et d’amener cela en justice montre que la société devient plus mature. »
