Chambly : et le pickleball fut

Trois entrepreneurs de la région ont décidé de recycler l’église Très-Saint-Coeur-de-Marie en un complexe de pickleball avec pour objectif de garder l’esprit des lieux.

Faut-il y voir une intervention divine? Jonathan Samson, Jean-Martin Bisson et Stéphane Gonzalez ramènent une partie de la communauté chamblyenne à l’église Très-Saint-Coeur-de-Marie, qui était en vente depuis plusieurs mois déjà. Ces brebis n’étaient pas nécessairement égarées, mais elles sont plutôt des disciples du pickleball prêtes à célébrer la naissance du club « Amen Pickleball ».

« Nous avons choisi de multiplier les clins d’œil à la religion. En tant que croyant, cela ne me pose aucun problème. » – Jonathan Samson

Un cadeau de Noël pour des pratiquants en manque de terrains couverts afin qu’ils vivent leur dévotion de la raquette. « Je suis entrepreneur et mon travail consiste, en partie, à sentir les opportunités, précise Jonathan Samson. Lorsque la reprise de l’église s’est présentée, on l’a saisie. Quand j’étais jeune, j’allais à l’église et je me disais qu’un jour, j’en possèderais une. J’avais 14 ans. Une première occasion s’était présentée une dizaine d’années plus tard, à Sutton, mais ça ne s’était pas réalisé. »

Mémoire des lieux

Avant d’installer les trois terrains de pickleball, une désacralisation des lieux a dû être faite. Mais les trois collègues ont tenu à ce que le bâtiment garde son esprit, aussi saint soit-il. « Je suis catholique et baptisé, reprend Jonathan Samson. Nous avons choisi de multiplier les clins d’œil à la religion. En tant que croyant, cela ne me pose aucun problème. Au contraire! Nous faisons rayonner l’église! Il peut y avoir des puristes pour se plaindre, mais je n’y prête pas attention. »

Au sein de la nef, trois terrains sont installés, séparés par des filets. La surface de jeu est similaire à celle des terrains de tennis de haut niveau. « On a voulu créer une expérience ressemblant à l’US Open, sourit Jonathan Samson. Nous sommes dans une ancienne église, donc, nous voulons que l’ambiance reste calme. » Plus loin, le chœur est destiné au salon, avec un bar sans alcool. La décoration rappelle toujours l’ancienne fonction du bâtiment et un tintement électronique de cloches sonne à la fin de chaque session pour alerter les joueurs. Des bancs destinés aux fidèles servent désormais de sièges de repos pour les pratiquants. « À l’étage, nous allons aménager la tribune pour en faire un club privé, poursuit l’entrepreneur. Elle pourra accueillir des événements corporatifs. Le confessionnal sera reconverti en cabine photo. À l’entrée, nous installerons des vestiaires, des cases pour les équipements ainsi qu’une salle de bain. »

Construire un club de pickleball dans une église datant des années 50, l’idée a fait son chemin de croix avant de se réaliser. « On a investi environ 500 000 $ dans ce projet, confie Jonathan Samson. Nous avons fait de cette église un local commercial et l’idée du pickleball est venue car j’y joue déjà et j’adore! La grosse raison de notre initiative est qu’elle répond à notre question  »Où nous nous voyons dans vingt ans? ». On veut être avec nos enfants en leur donnant de bonnes valeurs. Mais le processus a été plus long que prévu. Des gens se sont aussi opposés à notre projet, une pétition a même circulé. Ces mêmes personnes sont revenues en s’excusant. »

Bénédiction

Outre le pardon, le club de pickleball offre un nouveau dynamisme dans un quartier du Vieux-Chambly qui en manque cruellement. « On a fait le choix de proposer des boissons sans faire concurrence aux magasins à proximité, ajoute l’entrepreneur. L’association des Alcooliques Anonymes ainsi que les Chevaliers de Colomb ont gardé leurs bureaux respectifs. Nous avons déjà reçu des demandes d’entreprises et de tournage pour le cinéma. Les commerçants locaux seront contents de voir des dizaines de personnes venir les fréquenter. »

Insolite, ce projet est porté par la bonne parole puisque le trio annoncera prochainement l’ouverture d’un autre centre de pickleball. « C’est dans une église de l’est de l’île de Montréal, assure Jonathan Samson. Dans nos projets, nous avons le soutien de l’évêque M. Wilson. »