Chambly : Destructions de maisons polémiques

La Ville de Chambly rendra sa décision concernant la démolition de deux maisons patrimoniales sur la rue Saint-Pierre mercredi. Une décision qui interroge et inquiète les propriétaires de maisons similaires sur cette artère historique.

La Ville de Chambly a donné rendez-vous à la population, par l’entremise de son comité de démolition, ce mercredi 25 février à 19 h, à l’édifice Joseph-Ostiguy. L’objectif de cette réunion? Dévoiler son argumentaire concernant la démolition ou non des numéros 83 et 102 de la rue Saint-Pierre, deux maisons patrimoniales sises sur l’une des artères historiques de la ville.

Une nouvelle qui inquiète aux alentours. « J’irai, mais on ne pourra que constater la décision de la Ville », regrette un propriétaire de maison patrimoniale sur la rue Saint-Pierre. Une autre embraye à ce sujet. « On peut donner notre argumentaire par courriel pour s’y opposer avant la réunion, après, c’est trop tard, puisque le conseil de démolition de la Ville se réunira pour se prononcer. »

Mais pourquoi ce sentiment anime-t-il la vingtaine de propriétaires de maisons patrimoniales? « On craint que cela crée un précédent, confie l’un d’eux. Je ne comprends pas la rationalité de tout cela. C’est une question de transparence. On a assisté à des démolitions de vieilles maisons et cela n’a pas causé de problème, puisqu’elles n’étaient plus en état. Mais cela ne semble pas le cas de ces deux-là. Je veux voir le plan qui va suivre et, quand bien même, cela ne justifie pas ces démolitions. Les terrains sont rares dans le secteur et certains sont prêts à détruire ces maisons pour construire la maison de leurs rêves. »

Investissements réguliers

Comme les propriétaires de la rue Saint-Pierre, Jan Johnson craint pour la valeur historique des alentours. « Ces démolitions risquent d’en entraîner d’autres. Le décor va perdre en authenticité. Au lieu d’avoir du vieux, on aura du vieux avec du neuf. Il faut être capable d’avoir une vision pour la rue Saint-Pierre. C’est un fragile équilibre entre les propriétaires, les exigences de la Ville et l’environnement patrimonial. Va-t-on remplacer des maisons modestes par des plus grosses? C’est du faux patrimoine. »

Un autre propriétaire est dubitatif. « J’investis entre 5 000 et 10 000 $ par an dans ma maison, il n’y a rien de choquant. Il faut réaliser de l’entretien et les personnes avant nous vivaient très bien comme cela. Ce n’est pas parce qu’il y a des problèmes qu’il faut démolir. Je ne comprends pas pourquoi la Ville dirait oui à cela. »

La rue Saint-Pierre compte près d’une trentaine de maisons patrimoniales, selon l’inventaire à cet effet. Une situation loin d’être un hasard historique. « C’est l’une des rues les plus anciennes de Chambly, affirme Louise Chevrier, membre de la Société d’histoire de la Seigneurie de Chambly. Elle a été dessinée à partir de 1790. On a construit tranquillement autour. Elle s’appelait auparavant rue du Faubourg et comptait essentiellement des artisans. Des journaliers sont aussi venus y vivre. Par conséquent, ce sont des maisons modestes. Ce n’est pas un patrimoine époustouflant, mais il n’en reste pas moins que c’est notre patrimoine. Elles sont les traces des gens qui nous ont précédés. »

Inventaire patrimonial

Ces deux maisons sont inscrites dans l’inventaire de la Ville. « On pensait que cela pouvait les protéger, mais finalement, ça ne sert à rien, » fait remarquer une propriétaire. Il n’en fallait pas plus pour faire ressurgir le fantôme de la maison Boileau, propriété d’un patriote, démolie en 2018, ce qui avait provoqué l’émoi dans la communauté chamblyenne à l’époque. « La maison Boileau est le reflet d’une maison d’époque, elle a une forte valeur architecturale, poursuit Louise Chevrier. De leur côté, les maisons des numéros 83 et 102 de la rue Saint-Pierre ont un intérêt patrimonial jugé  »moyen » par l’inventaire. Mais quels sont les critères pour le déterminer? Comment se fait-il que l’on se retrouve face à ces démolitions? Il faut travailler en amont, car il est choquant de constater cela après tant de temps et d’argent pour préserver notre patrimoine. »

Afin d’éviter une situation similaire, Louise Chevrier suggère une adaptation. « Pourquoi ne pas intégrer une personne de la Société d’histoire dans le conseil de démolition? »

Contactée, la Ville de Chambly a précisé qu’elle donnera l’ensemble de son argumentaire lors de la réunion de mercredi.