Chambly : des joueuses de hockey-balle orphelines de ligues

Au fil des années, Hockey Balle Haut-Richelieu (HBHR) de Chambly a diminué son nombre de ligues exclusivement féminines, si bien que, cet automne, la dernière ligue féminine ne sera pas reconduite, au grand dam de plusieurs joueuses.

En 2021, il y avait cinq différents calibres d’athlètes qui pratiquaient leur sport au sein de ligues exclusivement féminines au HBHR. Chaque calibre était constitué d’au moins quatre équipes d’une dizaine de femmes. Depuis, le nombre de ligues a périclité. Il n’en reste actuellement qu’une seule. À l’automne prochain, cette dernière ligue n’existera plus. « HBHR a pris une décision aussi inacceptable qu’aberrante. On nous retire la possibilité d’inscrire une équipe féminine. Il n’y a plus aucune ligue féminine de hockey-balle à Chambly cette saison », décrie Marie-Pier, joueuse de la ligue.

La hockeyeuse remet en question la notion d’équité. « Cette situation est injuste, discriminatoire, et va à l’encontre des principes d’égalité. Nous sommes une centaine de joueuses en colère, privées de pratiquer notre sport, et nous demandons un réel changement. Nous voulons que les femmes aient le même accès aux infrastructures sportives que les hommes », exprime-t-elle.

« C’est une décision d’entreprise. Je gère une entreprise privée. J’y vais avec les chiffres et, présentement, ils sont atroces. Je prends les décisions en conséquence », soutient Jonathan Martin, propriétaire de HBHR. En matière d’entrées financières, outre le coût des inscriptions, qui est le même peu importe le sexe, Jonathan Martin mentionne l’existence du bar sportif.

Pas que la rentabilité

« Il n’y a pas que le fait de la rentabilité », poursuit M. Martin. Il affirme que l’aspect de la gestion humaine a pesé dans la balance. « On a eu des problèmes de gestion à l’interne. Les femmes voulaient avoir des rabais sur leur saison parce qu’il leur manquait des joueuses et qu’elles avaient de la difficulté à en trouver. Il y a eu une année où elles avaient des problèmes de gardiennes de but », relate-t-il. Le gestionnaire indique qu’il n’est pas impossible, à l’hiver, que la ligue féminine revienne. « C’est selon le marché. Quand tu gères une business, tu y vas avec l’offre et la demande. Si je n’ai pas de demande dans une telle catégorie mais une demande forte pour une autre, tu prends la décision la plus, de un, rentable, et de deux, celle qui est le mieux pour tout le monde. C’est pas une question que je ne veux plus les filles, c’est que j’ai des options qui demandent moins de gestion. À cent équipes, je n’ai plus l’énergie ni le temps, autant pour les gars que pour les filles. »

Une association en désaccord

Créée en 2018, la North American Ball Hockey Players Association (NBHPA) est la toute première association de joueurs de hockey-balle en Amérique du Nord. Elle compte plus d’une cinquantaine d’organisations et au-delà de 60 000 membres. « Je tiens à exprimer mon désaccord envers la politique de gestion du calibre féminin à ce centre (HBHR) », nomme Jacinthe Brossard, directrice administrative de la NBHPA depuis sa création. La joueuse de hockey-balle a déjà été cliente du HBHR par le passé. « Au-delà des enjeux commerciaux, exemple de la rentabilité au bar, nous croyons qu’il est essentiel d’encourager l’accessibilité et l’équité dans le sport », renchérit-elle. La NBHPA se dit « rassurée de constater que le cas de HBHR demeure isolé pour le moment ». Elle déclare que dans l’ensemble des autres centres de hockey-balle au Québec, « la popularité du volet féminin continue d’être en croissance constante ».

De son côté, HBHR a signifié son retrait officiel de la NBHPA par l’envoi d’une lettre de non-réaffiliation, le tout effectif à compter de l’automne 2025. 

« Nous voulons que les femmes aient le même accès aux infrastructures sportives que les hommes. » – Marie-Pier

Les femmes déménagent

Devant l’hécatombe des équipes féminines à HBHR, Cassandra Benoit a réagi. Avec deux partenaires, elle a fondé la Ligue de Dek Hockey Richelieu, dont les joutes se déroulent sur la surface de hockey-balle située à côté du Resto-Bar B-Sports, à Richelieu. « Une ligue de dek pensée par des filles », tel qu’il est écrit sur le site Web de la ligue. « On a ouvert à la suite des fermetures de toutes les ligues féminines de Chambly. On se retrouvait sans ligue pour jouer », confirme la joueuse dont la ligue vit son second été d’activités. En 2024, la propriétaire chiffre qu’il y avait 17 équipes, comprenant de 8 à 10 joueuses, dispersées en 4 calibres. Les parties se disputent deux soirs par semaine. Cassandra Benoit mentionne qu’elle détient une liste d’attente composée « d’agentes libres » qui souhaitent avoir, un jour, une place. Elle considère que la création de la Ligue nationale de hockey-balle féminin, née en 2024, ajoute à l’engouement. « Ça donne un bel élan à notre sport. »

Étant donné que la surface est extérieure, contrairement à HBHR, elles devront cesser de pratiquer leur sport quelque part au mois de septembre. 

Un essor à maintenir

Le sport professionnel féminin est en essor plus que jamais. Il suffit de penser à la Victoire de Montréal, dans la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF), ou aux Roses de Montréal, de la Super Ligue du Nord au soccer. Chez nos voisins du Sud, les joueuses de la Women’s National Basketball Association font présentement beaucoup parler. « Dans un Québec où l’on valorise de plus en plus le sport féminin, où les équipes féminines gagnent en visibilité et motivent de nombreuses filles et femmes à être actives, nous connaissons à Chambly un énorme recul : impossible pour une femme de jouer dans une ligue féminine », estime Marie-Pier. « Je me dois de souligner à quel point le deck hockey est un sport inclusif. Il permet à de nombreuses femmes, même sans expérience sur glace ou en sport compétitif, de s’initier au jeu dans des environnements adaptés à tous les niveaux et à tous les âges. Ce volet est en pleine expansion et nous y croyons fermement », précise Jacinthe Brossard.

Elle ajoute que dans plusieurs centres environnants, notamment au Dek Bouch à Saint-Hubert, il est même observé que les équipes féminines sont plus nombreuses que les équipes masculines. « À cela s’ajoute la montée en popularité du hockey mixte, qui n’a jamais été aussi forte. On peut donc affirmer que la clientèle féminine occupe aujourd’hui près de la moitié de l’espace dans le hockey-balle au Québec, ce qui témoigne clairement de l’évolution et de l’inclusivité croissante de notre sport », termine la directrice administrative de la NBHPA.