Chambly : des entrepreneures autistes ou TDAH racontent leur histoire
Neuf entrepreneures autistes ou TDAH se sont réunies pour écrire un livre sur leurs expériences professionnelles. Isabelle Henripin, l’une d’elles, explique son parcours.
« Aujourd’hui, je travaille à ma manière! » Pour exprimer cette phrase, Isabelle Henripin, consultante indépendante en marketing et communications dans la région de Chambly, a réalisé un chemin semé d’embûches et de rêves.
Cette prise de conscience a démarré par des frustrations, avant la détection de son syndrome TDAH – HPI, soit un trouble de l’attention avec hyperactivité combiné à un haut potentiel intellectuel. « J’étais dans des emplois où mon opinion était prise en compte, mais je n’avais pas le dernier mot, se souvient-elle. Donc, il pouvait y avoir des frictions avec les collègues. Parfois, je trouvais que cela n’allait pas assez vite, d’autres fois, j’estimais que ce n’était pas la bonne solution. C’est ainsi que s’est terminée ma dernière expérience professionnelle avec un ami. Je suis partie afin de préserver notre amitié. »
Diagnostic libérateur
Lors de la pandémie liée à la COVID, l’entrepreneure, alors âgée de 39 ans, a eu une révélation. « Durant cette période, tout s’est mis sur pause. Je suspectais un TDAH, mais le HPI était une surprise. Cela explique aussi pourquoi j’ai reçu ce diagnostic tardivement. L’un nourrit l’autre, il nuit aussi à l’autre. J’étais comme une Ferrari aux roues carrées! »
Durant son cursus scolaire, Isabelle Henripin assure avoir eu un parcours relativement normal. « J’étais la première de la classe. J’ai eu une enfance heureuse, durant laquelle je parlais beaucoup, mais parfois, je coupais la parole et j’étais éparpillée. Mon comportement passait bien, car j’étais joviale. Aussi, le comportement des filles est plus conformiste que celui des garçons, qui sont davantage dans l’affrontement physique. On écoute davantage nos parents et les professeurs. »
Après son diagnostic établi, la consultante a décidé de se lancer seule en affaires. « Cela s’est fait moins d’un an après. J’avais toujours ce désir d’être entrepreneure derrière la tête. La prise de médicaments a amélioré les choses positives et empiré les aspects négatifs. Les frictions devenaient plus intenses. Donc, j’ai démarré mon entreprise pour travailler à ma manière. Désormais, je me sens à la bonne place. »
Malgré tout, passer de salariée à entrepreneure est un statut à digérer. Cela a demandé une adaptation à Isabelle Henripin. « J’ai été surprise de consacrer autant de temps à des charges connexes à mon travail, confie-t-elle. Aussi, on se répète un cadre pour se rassurer, comme les journées allant de 9 à 17 h. Cela ne me correspond pas du tout et il a fallu que je le déconstruise pour travailler selon mes horaires. »
Des clients ouverts
Ainsi, l’entrepreneure de 43 ans a adapté son horaire. « J’ai diminué mon temps de travail et mes disponibilités afin de pouvoir consacrer suffisamment de temps à mon énergie et à ma créativité pour chaque projet. »
Son TDAH assumé, Isabelle Henripin ne voit aucun obstacle dans sa relation avec ses clients. « Au contraire, je le vois positivement. Je le considère un peu comme un superpouvoir. Le fait de pouvoir penser en arborescence me permet d’avoir une vue d’ensemble et d’être très prévoyante. Aussi, j’ai une belle créativité et la capacité de me concentrer énormément sur une tâche qui me plaît. Je peux être hyperproductive. Mais certaines personnes ne raisonnent pas comme cela. De mon côté, les clients ne sont pas freinés de travailler avec moi, car je mets ma capacité au service de mon emploi. »
Ainsi, dans le livre Au-delà des apparences, elle raconte son expérience, tout comme huit autres femmes entrepreneures touchées par le TDAH ou le syndrome de l’autisme, voire les deux. « Il n’existe pas beaucoup d’oeuvres en ce sens dans la langue française, assure-t-elle. On partage nos histoires, sans filtre ni nuance. Auparavant, j’avais plus d’anxiété. On se tape beaucoup sur la tête et on s’épuise davantage pour prouver notre valeur aux autres. Depuis, on apprend à composer avec nous-mêmes, ce qui amène beaucoup d’empathie et de bienveillance. Les personnes ayant un TDAH ou un syndrome de l’autisme sont plus nombreuses autour de nous que l’on pense. Plus on va l’expliquer, mieux on sera compris. »
Au-delà des apparences : Parcours de femmes entrepreneures Autistes et/ou TDAH, livre disponible sur Internet au prix de 22 $.
