Chambly : des enjeux électoraux pour les CPE
Des directrices de centres de la petite enfance (CPE) de Chambly souhaitent que le milieu de la petite enfance soit au coeur de la campagne électorale, en vue des élections provinciales du 5 octobre prochain.
« On veut que la petite enfance prenne une bonne place lors de la campagne électorale. Ça devrait être un enjeu de société et non pas électoral. On souhaite une uniformité et que l’on accorde une priorité à la petite enfance », mentionnent Mélanie Gauthier, Nathalie Charbonneau et Mélanie Gagnon, toutes directrices d’un CPE à Chambly. « On est toujours les mal-aimés, on dirait. On ne comprend pas pourquoi. Il s’agit des générations à venir », remarque Mélanie Gauthier, directrice du CPE Franquette la grenouille.
« Ça devrait être une obligation du Ministère, que tous les enfants aient une place, comme pour l’école, qui est obligatoire. » – Directrices de CPE
Une main-d’œuvre qualifiée et stable
Les trois femmes ont exprimé les divers enjeux vécus par les CPE. Elles indiquent que le Québec fait actuellement face à une pénurie importante de personnel qualifié, ce qui fragilise la qualité éducative et le fonctionnement quotidien des services de garde. Elles chiffrent que près de 3 000 postes sont actuellement vacants dans les services de garde éducatifs. Le trio ajoute que le nombre de diplômées du DEC en éducation à la petite enfance est passé de 932 en 2014 à 556 en 2023. « Cette pénurie a des conséquences concrètes dans les milieux : difficultés à respecter les ratios exigés, augmentation du recours au personnel non qualifié et pression accrue sur les équipes éducatives. »
« Nous agissons sur plusieurs fronts pour attirer, former et retenir davantage de personnel qualifié », répond le Ministère de la Famille. Il affirme avoir « investi massivement » au cours des dernières années pour faciliter l’accès à la profession, soutenir la formation et reconnaître plus rapidement les compétences acquises. « Depuis 2021, près de 18 000 éducatrices se sont ajoutées au réseau, dont plus de 7 100 au cours de la dernière année », avance le Ministère. Il soutient que le DEC en Techniques d’éducation à l’enfance demeure la voie principale d’accès à la profession, mais qu’il n’est plus la seule. « Les mesures mises en place visent justement à attirer des personnes aux parcours diversifiés, qui ont par exemple fait des études dans des domaines connexes, tout en maintenant les exigences de qualité du réseau. Nous poursuivons nos efforts de valorisation de la profession afin d’assurer l’attraction et la rétention du personnel », assure-t-il. « C’est valorisant comme profession, mais pas assez reconnu. La main-d’œuvre est difficile à aller chercher », constate Mélanie Gagnon, directrice du CPE Les Frimousses du Fort.
Secteur qui se privatise
Les directrices chamblyennes ciblent qu’au fil des années, le système des services de garde éducatifs s’est progressivement privatisé. « Cette évolution menace la qualité éducative et l’égalité des chances pour les enfants », estiment-elles. Selon les données du ministère de la Famille en date du 31 décembre 2025, elles dénombrent que 51,2 % des places en installation sont maintenant offertes dans des garderies privées alors que les CPE ne représentent plus que 48,8 % des places en installation.
Le Ministère de la Famille ne se dit pas préoccupé par une privatisation du réseau « au sens où l’accès des familles à des places subventionnées continue d’augmenter partout au Québec ». Il déclare valoriser le modèle des CPE, mentionnant que « 92 % des places actuellement en réalisation le sont en CPE. L’objectif demeure d’accroître l’accès à des services de garde éducatifs de qualité tout en augmentant la disponibilité des places subventionnées pour les familles ».
Financement prévisible et stable
Mesdames Gauthier, Charbonneau et Gagnon mettent de l’avant que la qualité et l’accessibilité des services de garde éducatifs dépendent directement de la stabilité de leur financement. Elles déplorent que le financement du réseau québécois varie d’un budget provincial à l’autre, ce qui rend difficile la planification à moyen et long termes pour les CP et les bureaux coordonnateurs. « Les gestionnaires du réseau doivent composer avec une incertitude budgétaire constante », observent les directrices. Elles proposent une loi bouclier pour protéger le financement. Elles considèrent que cette loi permettrait de protéger le financement contre des coupures ou des modifications abruptes, d’assurer une planification sur un horizon d’au moins cinq ans et de garantir la stabilité nécessaire au développement du réseau.
« La situation financière des CPE démontre que le financement actuel permet à la majorité des CPE de dégager des surplus d’exercice et des surplus cumulés », dit le Ministère. Il renchérit qu’en 2024-2025, 82 % des CPE avaient des surplus amassés représentant un montant de 290 M$. Il rapporte avoir mis en place, en 2024-2025, une allocation pour le redressement financier, dotée d’une enveloppe budgétaire de 53 M$ sur 2 ans. « Celle-ci permet aux CPE ayant des difficultés financières d’obtenir l’aide d’un professionnel comptable pour les soutenir dans l’établissement du diagnostic et l’identification des mesures de redressement requises. Par la suite, lorsque le CPE atteint les cibles de gestion prévues au plan de redressement, des sommes additionnelles sont accordées pour permettre au CPE de retourner en équilibre budgétaire », fait-il valoir.
Une place pour tous
Les trois directrices rappellent que l’éducation à la petite enfance constitue le premier maillon du parcours éducatif. « Garantir l’accès universel à une place éducative de qualité permet de réduire les inégalités dès le départ et d’assurer à chaque enfant les meilleures chances de réussite. Ça devrait être une obligation du Ministère, que tous les enfants aient une place, comme pour l’école, qui est obligatoire », jugent-elles. Elles comparent avec la Norvège, pays qui a fait le choix de reconnaître l’éducation à la petite enfance comme un droit universel, sans compromis. « Tous les enfants de 1 à 5 ans ont un droit garanti à une place en service éducatif. Ce modèle contribue à améliorer la réussite scolaire, la cohésion sociale et la participation des parents au marché du travail », soulèvent-elles.
« Notre objectif est que chaque famille qui le souhaite puisse avoir accès à un service de garde éducatif de qualité correspondant au type de service de garde éducatif à l’enfance qu’elle privilégie et répondant à ses besoins. C’est précisément le sens des efforts qui sont déployés depuis plusieurs années pour développer le réseau des services de garde éducatifs à l’enfance », réplique le Ministère. Il nomme que le travail se poursuit « afin de répondre aux besoins des familles dans toutes les régions du Québec et d’améliorer l’accès à des services éducatifs de qualité dès la petite enfance ».
POUR LE WEB
Accès aux listes d’attente
Depuis novembre dernier, les parents désireux d’inscrire un tout-petit à un service de garde disposent maintenant d’un nouveau portail créé par Québec, en remplacement de l’ancien, La Place 0‐5. Depuis, les listes d’attente ne sont plus révélées. « Ce choix vise à assurer un processus d’admission plus équitable, uniforme et transparent pour toutes les familles. Avec le Portail d’inscription aux services de garde, le référencement des enfants pour les places en CPE et garderies subventionnées se fait désormais automatiquement, selon des règles communes à l’ensemble du réseau. Les parents sont alors avisés directement lorsqu’une place correspondant à leur situation leur est offerte. Aucun passe-droit n’est possible », explique le Ministère.
Le Ministère soulève qu’un groupe de discussion, composé de gestionnaires du réseau des services de garde éducatifs à l’enfance, a été mis en place ce printemps afin d’échanger sur certaines fonctionnalités du Portail d’inscription aux services de garde et « d’explorer de possibles pistes d’amélioration ». Ce groupe réunit des gestionnaires de bureaux coordonnateurs, de CPE, de garderies subventionnées et de garderies non subventionnées. « Les rencontres sont convoquées au besoin, en fonction des sujets à discuter et des travaux en cours. Quelques rencontres ont déjà eu lieu ce printemps et pourront se poursuivre à l’automne », termine-t-il.


