Chambly : collectionner des cartes sportives, un loisir haut en spéculation

Depuis la COVID-19, la valeur des cartes sportives à collectionner a décuplé. Gabriel Allard, un Chamblyen copropriétaire d’une boutique de cartes, nous parle du marché dans lequel certains dépensent des sommes faramineuses.

Le Chamblyen Gabriel Allard est copropriétaire de la boutique de cartes Collect-Edition. Comme plusieurs, lors de l’isolement collectif, il s’est remis à collectionner des cartes de hockey en pleine pandémie. En raison du confinement, le nombre d’adeptes  participant à des breaks de cartes sportives a augmenté. Par break, il est question de l’ouverture en direct de boîtes de cartes scellées par un organisateur. Les intéressés achètent une participation (un spot) pour recevoir toutes les cartes tirées pour une équipe. « Je pense que ça a fait augmenter le hobby et que ça a emmené beaucoup de gamblers », observe M. Allard, qui confirme que le coût des boîtes a « explosé ».

Plusieurs mentionnent que le hobby en question est plutôt devenu une forme de loterie. De son côté, Gabriel Allard estime qu’il est encore possible de collectionner en dépensant de façon décente. « Il y a des façons de collectionner sans trop dépenser. Mais je ne te mentirai pas : pour avoir une grosse collection, ça coûte cher. Si tu ne tiens pas à ouvrir des boîtes, c’est plus rentable d’acheter des singles (carte seule). C’est très rare que tu ouvres une boîte et que tu la rentabilises. Ça arrive une fois de temps en temps, mais très peu souvent », confirme-t-il. Il convient toutefois que ça ne nourrit pas le plaisir de développer des paquets sans en connaître l’issue d’avance. « Il y a encore du monde qui s’amuse. Mais il y a des gamblers et des gens qui font de la spéculation », affirme-t-il. 

Le président de Upper Deck

Upper Deck est une entreprise américaine spécialisée dans la fabrication de cartes à collectionner sportives et de produits de divertissement. C’est elle qui produit les cartes officielles de la Ligue nationale de hockey (LNH). Jason Masherah, son prédisent, a fait une sortie étonnante sur les réseaux sociaux en octobre dernier. « Les objets de collection haut de gamme, ils s’arrachent à des prix records. Lorsque des boîtes de cartes atteignent ou dépassent les 1 000 dollars, on n’achète plus par simple plaisir. On spécule. On parie que l’acquisition d’aujourd’hui vaudra bien plus demain. Et cela fonctionne… jusqu’au jour où ça ne marche plus. La spéculation a toujours fait partie intégrante de l’univers des cartes de sport : on collectionne la carte d’un joueur recrue en espérant qu’il rejoindra un jour le Temple de la renommée. Mais l’ampleur du phénomène actuel est inédite. Or, une telle spéculation fragilise les marchés. Je ne dis pas que c’est la fin du monde, mais il faut regarder la réalité en face. Il ne s’agit pas d’une croissance durable portée par des passionnés, mais d’une concentration de richesses qui fait grimper les prix, excluant ainsi la majeure partie de la population. »

Des boîtes qui coûtent cher

Upper Deck propose différentes gammes de produits. The Cup est son produit le plus luxueux. La boîte 2024-2025, qui contient six cartes, se vend environ à 3 600 $. Il est commun que l’intérieur de la boîte ne contienne pas plus que quelques centaines de dollars en termes de valeur de cartes à revendre. « J’ai de l’empathie pour le client qui ouvre ça, mais en même temps, il sait ce qu’il fait, en principe. C’est sûr qu’en général, un gambler, ça ne prend pas de bonnes décisions », reconnaît Gabriel Allard. Il nuance toutefois que dans cette boîte, la recrue convoitée est Macklin Celebrini. L’une de ses cartes peut valoir autour de 90 000 $. « C’est à ça que tu joues, dans le fond. Ce n’est pas 100 % sain », dit-il. À sa boutique, parmi les grosses cartes sorties, il nomme entre autres une Celibrini, de The Cup, ensuite vendue à 63 000 $. 

Gabriel Allard ouvre parfois des boîtes en boutique. Il publie les vidéos du résultat sur les réseaux sociaux du commerce. « Je m’amuse à ouvrir et à vivre mes émotions, et être parfois mécontent », confie-t-il en riant. 

Commerces cambriolés

Que ce soit pour des cartes sportives ou des cartes Pokémon, les boutiques sont la cible de cambriolages. En décembre 2024, Le Collect-Edition a été victime d’une introduction par effraction et d’un vol durant la nuit. Des boîtes de cartes de hockey, de basketball et de football y avaient été dérobées. Incluant les dommages au commerce, la valeur des pertes était évaluée à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Depuis, Gabriel Allard indique que les mesures de sécurité ont été rehaussées à plusieurs égards. Entre autres, la devanture du magasin a été renforcée et les présentoirs dans lesquels sont disposées les cartes sont équipés de vitrines incassables. 

Raphaël Lavoie signe ses cartes

Upper Deck rémunère les hockeyeurs qui, en retour, apposent notamment leur autographe sur un certain nombre de cartes. Raphaël Lavoie, joueur de hockey chamblyen des Golden Knights de Vegas, a passé à travers cette étape que vivent pratiquement tous les hockeyeurs de la LNH. « Un été, je pense que j’avais reçu 3 000 cartes, se souvient-il. Tu dois toutes les signer. Ça prend de la place dans la cuisine. » Il aura eu environ deux semaines pour compléter son mandat. « À la fin, tu as mal aux mains », décrit-il. La compagnie de cartes envoie le crayon en conséquence. Elles étaient étalées chez lui et il a fallu attendre que l’encre sèche afin de ne pas faire de bavure sur les cartes. Les collectionneurs n’aiment pas. Le journal lui a montré des cartes préalablement signées de sa main. « Je me souviens de celles-là », fait-t-il part en souriant.