Chambly : atelier pour contrer l’arnaque amoureuse

Le Centre de femmes Ainsi soit-elle de Chambly présente son atelier contre les arnaques amoureuses, un phénomène bien ancré dans les réseaux sociaux.

Josée Robidas et Caroline Martin se sont donné la mission de faire front contre les arnaques amoureuses. À travers leur atelier, les deux intervenantes psychosociales du Centre de femmes Ainsi soit-elle offrent notamment des pistes pour les reconnaître et les éviter, ainsi que les démarches que peuvent entreprendre les personnes qui en sont la cible. Des usagères des lieux en ont été victimes.

Tout d’abord, elles définissent la fraude amoureuse (ou arnaque sentimentale) comme étant une escroquerie en ligne où un fraudeur simule une relation affective et amoureuse via les réseaux sociaux ou les sites de rencontres. Il gagne ainsi la confiance de sa victime et lui soutire de l’argent ou des biens sous divers prétextes (urgences, investissements, voyages). Cette manipulation émotionnelle, qui exploite la vulnérabilité des personnes en quête d’amour, peut durer des semaines ou des mois et causer des pertes financières et psychologiques importantes.

Naïves ou moins intelligentes

Le duo relate que des « mythes et croyances » entourent les victimes. « Elle sont naïves ou moins intelligentes; les victimes sont incompétentes en matière informatique; les victimes sont les artisanes de leur malheur; les victimes sont impulsives et manquent d’auto-contrôle », dépeignent-elles. 

Stratagème d’hameçonnage

Les deux intervenantes psychosociales font référence à un reportage de l’émission Enquête. On y apprend le terme « brouteur ». Ce dernier concerne les arnaqueurs situés en Côte d’Ivoire, pays où il y a beaucoup de ce type de tromperie.

Leur approche repose sur la manipulation émotionnelle. « Ils créent une connexion intime rapide via de faux profils, exploitent la solitude et le besoin d’amour pour gagner la confiance, puis inventent des urgences (maladie, accident, investissement) pour soutirer de l’argent, utilisant des techniques comme la pression et des histoires crédibles pour contourner la rationalité. Les victimes, souvent isolées, sont poussées à l’impulsivité et à l’isolement, honteuses de rapporter l’arnaque, ce qui rend le cycle de la fraude difficile à briser », décrivent les deux femmes.

Ces fraudeurs ciblent des personnes isolées, anxieuses, ou ayant des croyances romantiques fortes, en créant une connexion intense et rapide. S’ensuivent des conversations quotidiennes et des promesses d’avenir pour établir un lien émotionnel solide. La confiance se construit. « Ils donnent l’impression d’une relation exclusive et fusionnelle, et se positionnent comme la seule personne qui comprend réellement la victime. »

L’utilisation de scénarios d’urgence suscite la sympathie, la peur ou l’espoir, forçant des décisions impulsives. « Ils incitent à l’action rapide en termes d’envoi d’argent et isolent progressivement la victime pour l’empêcher de demander conseil », déterminent les intervenantes.

Pourquoi ça fonctionne?

Josée Robidas et Caroline Martin parlent d’attachement émotionnel. « La victime est persuadée d’avoir trouvé le grand amour, rendant difficile la remise en question », nomment-elles. S’ajoute l’effet de l’investissement. « Plus la victime s’investit, en temps et argent, plus elle est encline à continuer », ajoutent-elles.

Elles rappellent que les brouteurs ciblent les personnes seules, qui manquent de soutien social. « Ils vont jouer sur les cordes sensibles. La manipulation est forte. »

Conséquences de la fraude

Les conséquences pour la victime peuvent être psychologiques, financières, sociales et familiales. Accompagnant la perte d’argent, une faible estime personnelle, la honte, la culpabilité, le sentiment de trahison et la colère font partie des émotions que ressentent les victimes. « C’est un échec personnel. C’est dur de l’accepter », indiquent les femmes du Centre. Elles mentionnent que certaines s’isolent socialement et se replient sur elles-mêmes. Dépression et pensées suicidaires peuvent s’ajouter. Il est aussi possible que des conflits familiaux en découlent.

Proche témoin du subterfuge

Josée Robidas et Caroline Martin indiquent la marche à suivre pour ceux qui sont témoins d’une fraude envers un proche. « Il faut susciter un questionnement, éveiller des doutes chez la victime, pas une affirmation directe », recommandent-elles. Les deux femmes rappellent l’importance d’user d’empathie à l’endroit de la victime. « Elle vit de réelles émotions, une réelle relation, même virtuellement », font-elles miroiter.

Elles invitent les proches à dénoncer la situation auprès des forces de l’ordre afin d’obtenir de l’aide ou une intervention policière. Le duo chiffre que seulement 5 à 10 % des victimes dénoncent la fraude. Selon le Centre antifraude du Canada, la fraude sentimentale figure parmi les arnaques les plus fréquentes (50,3 M$ perdus en 2023).

La conférence aura lieu le 20 mai, de 13 h 30 à 16 h, au Centre de femmes Ainsi Soit-Elle.