Carignan : l’invasion du scarabée japonais dans votre végétation
Il n’aura suffit que d’une dizaine de jours pour que les scarabées japonais ne fassent qu’une bouchée de la vigne du Carignanois Jean-Philippe Léonard.
« Les scarabées japonais sont voraces cette année », ne peut que constater Jean-Philippe Léonard. Le citoyen de Carignan était parti pour dix jours de camping. À son retour, c’est une vigne presque complètement défoliée qu’il a retrouvée.
Ce vandalisme est l’œuvre de cette fameuse espèce exotique envahissante établie au Québec. « Il y en avait des centaines. Souvent plus d’une dizaine par feuille », dénombre M. Léonard. Lorsqu’un scarabée japonais a terminé de s’alimenter sur une feuille, il ne reste plus qu’un squelette de nervures. Cet insecte peut grandement réduire la proportion de plantes cultivables et occasionner d’importants dommages aux végétaux. De plus, les larves s’attaquent aussi aux terrains gazonnés, pouvant causer des dégâts aux propriétés privées.
Pièges : bons ou pas?
Habituellement, Jean-Philippe Léonard mettait trois pièges dans sa cour, qu’il vidait régulièrement. Après avoir lu que ces pièges pouvaient attirer encore plus de scarabées, il a décidé de ne pas en installer cette année, afin de voir s’il y avait une différence. « Avec ou sans piège, je suis inondé de scarabées », conclut-il avec désespoir. Une fiche développée par Québec mentionne que les pièges à phéromones peuvent attirer davantage d’insectes, lesquels se dispersent ensuite sur les plantes situées à proximité du piège, sans nécessairement s’y faire prendre.
Jean-Philippe Légaré, porte-parole du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), confirme qu’il existe effectivement un débat concernant les pièges. « Des gens les trouvent efficaces, alors que d’autres considèrent que le problème est amplifié. Si on en a peu, on recommande plutôt la méthode de les ramasser à la main, si possible, et de les déposer dans de l’eau savonneuse », dit-il. Il est ici question de « lutte physique ». Il est aussi suggéré de déposer des planches de bois au sol, près des plantes sensibles, lors des journées chaudes et ensoleillées, pour capturer et détruire les adultes qui iront s’y abriter.
Concernant les plus grandes étendues, les pièges doivent être installés dès les premières semaines de juin, l’année suivant une infestation importante. Il faut placer les pièges à phéromones loin des plantes favorites du scarabée japonais. « Pour les producteurs, c’est un nouvel ennemi à gérer parmi beaucoup d’autres. Quand on est aux prises avec un nouvel ennemi, on est un peu plus pris au dépourvu », convient le porte-parole du MAPAQ.
D’autres luttes
À travers la lutte biologique, le MAPAQ fait référence à un nouveau parasitoïde du scarabée japonais observé au Québec. Il s’agit d’une espèce de mouche introduite aux États-Unis en 1922 pour lutter contre le scarabée japonais. Elle s’attaque aux adultes en pondant ses œufs sur leur thorax. La larve cause la mort du scarabée japonais adulte en se développant dans son corps. Ce parasitoïde a été remarqué au Canada pour la première fois en 2013. Sa répartition au Québec et son taux de parasitisme ont fait l’objet de recherches de la part de l’Insectarium et du Jardin botanique de Montréal. En 2018, cette mouche a été trouvée dans la même zone de répartition que le scarabée japonais au Québec. « Il n’est pas impossible qu’avec les années, cette mouche prenne plus d’espace et soit peut-être en mesure de mieux contrôler les populations », émet M. Légaré. Parmi les prédateurs du scarabée japonais, on compte les carabes, les oiseaux et les mammifères (moufettes, ratons laveurs).
En termes de « lutte chimique », plusieurs insecticides sont homologués pour lutter contre le scarabée japonais. Québec affirme que le chlorpyriphos et l’isophénphos sont les deux principaux produits indiqués.
Habitat et alimentation
Le scarabée japonais fréquente les milieux susceptibles d’abriter les plantes et les arbres dont il se nourrit. L’adulte évolue en colonie. Par conséquent, une plante infestée par le scarabée japonais risque d’être envahie par plusieurs individus à la fois.
Il est noté qu’en Amérique du Nord, le scarabée japonais préfère se nourrir de maïs, mais il peut aussi s’attaquer à plus de 200 espèces de plantes. Il consomme les feuilles, les fleurs et les fruits des plantes sur lesquelles elle vit. L’adulte infeste de jeunes arbres fruitiers, principalement des pommiers, des pruniers et des pêchers, ainsi que d’autres plantes comme le soja, la luzerne ou le trèfle. Le MAPAQ mentionne qu’une action collective contre l’insecte est complexe en raison de la diversité de son alimentation.
Présence au Québec
L’espèce établie au Québec est originaire du Japon. Le scarabée japonais a été observé pour la première fois en Amérique du Nord en 1916, dans une pépinière du New Jersey. Il aurait été introduit dans des produits agricoles en provenance du Japon. Au Canada, le premier scarabée japonais a été observé en 1939. Il se trouvait dans une voiture sur le traversier qui faisait le lien entre l’État du Maine et la ville de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse. La même année, cet insecte a été trouvé à Lacolle, dans le sud du Québec. À l’échelle locale, le vol des adultes est son mode de dispersion.
