60 ans du Journal de Chambly: les mots du passé

Alors que le Journal de Chambly souffle soixante bougies, nous avons retracé d’anciens employés qui y ont travaillé afin qu’ils nous racontent le journal de l’époque.

Stéphane Meloche a été journaliste dans les hebdos montérégiens de 1986 à 1998. Celui qui a débuté à l’âge de 20 ans nous rappelle à une époque avant l’ère numérique. « Autre que les grands journaux nationaux, c’était la seule communication. Tu recevais ton hebdo local et tu regardais ce qui se passait dans ton coin. C’était ta seule source d’information », contextualise l’homme qui a notamment écrit à Chambly, à Saint-Bruno et à Boucherville.

Cigarettes et trop de café

Il définit cette période comme étant son école. « C’était le départ, c’était cool, c’était le contact avec les gens, le trip de sortir l’édition chaque semaine et de l’avoir dans les mains, c’était le fun », se souvient-il. Nous lui avons demandé de décrire ce à quoi ressemblaient les salles de rédaction. « Ça fumait et ça prenait beaucoup trop de café. On pouvait s’enfermer des heures et des heures sans sortir, appeler des gens, recevoir de la visite, se parler entre nous, échanger des idées, c’était la fraternité », rapporte M. Meloche. Le Montarvillois s’était fait confier la mission de « faire le ménage » aux hebdos. « Il y avait trois photographes à temps plein. Il y avait beaucoup trop de monde et peu d’action. On a essayé de maximiser et de rendre les gens plus productifs pour le budget en main : faire une structure qui a du sens pour que l’entreprise subsiste », indique le directeur du développement des affaires à La Presse.

Des régates sur le bassin

Le bassin de Chambly a accueilli les régates de Chambly. Pour Stéphane Meloche, il s’agit « assurément du sujet le plus marquant. C’était extraordinaire. C’était la folie complète. On passait trois jours sur place. On montait un journal par jour et l’édition sortait le lendemain. C’était la belle époque », mentionne-t-il avec rythme. Cela fait bientôt 30 ans qu’il ne travaille plus dans les hebdos. Ancré en lui, ce monde ne l’a toutefois pas quitté. « Je me réveille encore la nuit, parfois, et je me demande quels sont les trois textes que je dois lire demain… et je constate que je ne travaille plus là depuis un boutte. »

Le service des ventes

Yves Brassard a été représentant pour les hebdos pendant une vingtaine d’années. Il a débuté à la fin des années 90. « Il n’y avait pratiquement pas d’ordinateurs. C’était très rudimentaire », situe-t-il quant aux outils de travail. Les corrections exigeaient un va-et-vient entre les divers intervenants. « C’est fou comme c’était long. C’était au crayon à la mine et à l’efface », fait-il savoir. 

Les lundis matins, tous se réunissaient pour le montage du journal. Le lendemain, l’édition était publiée. « On vérifiait si tout était correct. Des fois, on avait des surprises. L’impression n’était pas toujours belle et les couleurs pouvaient ne pas bien sortir. Des fois, on était gênés d’aller montrer ça au client », admet-il en riant. Yves Brassard partait sur la route avec sa pile d’exemplaires et les remettait à ses commerçants à travers ce qu’il nommait sa run de lait

L’ex-représentant ne s’en cache pas, ça jouait du coude entre vendeurs. « C’était compétitif! Quand il y avait un prospect, on essayait d’entrer en contact et on le nommait au journal pour ne pas se le faire voler. Il y avait une concurrence interne. Il n’y avait pas de Web. Des fois, ça brassait », confie-t-il. 

Il a eu Unibroue, fondé par André Dion, comme client. Lorsque la bière Raftman (draveur) a été lancée, une descente en radeau avait eu lieu dans les rapides de Chambly jusqu’au fort. Le journal avait commandité Yves Brassard, qui avait participé avec son père, son frère et un ami de la famille. « On avait fait un drapeau à l’effigie du journal en guise de voile sur le mât », raconte l’homme de 67 ans. Le Carignanois consulte encore le journal. Il constate qu’il est plus aéré qu’au temps où 80 % des pages étaient occupées par les publicités.

Un grand virage

Anne-Marie Clair est maintenant la directrice du Journal de Chambly. En 35 ans, elle a vu la boîte changer. « On partait des Flintstones », reconnaît-elle. Du découpage et du collage, elle en a vu. Au début des années 2000, aux ventes, il n’y avait qu’un ordinateur. C’est elle qui le détenait. « Le défi a été d’être ouvert et de s’adapter à la technologie. Ça a été un changement majeur. Tout le monde prenait le virage en même temps », relate-t-elle. Elle note un signe du temps en ce qui a trait au poste de représentant. « Avant, ce n’étaient que des hommes. Maintenant, ce n’est à peu près que des femmes », observe la directrice. Parmi les moments marquants vécus, le fameux raid de 1994 de la Sûreté du Québec (SQ) au poste de police de Chambly arrive en tête de liste. « D’autant plus que c’était ma mère que j’entendais sur les ondes, car elle était réparatrice. Ç’a été super marquant. »

Elle est aussi fière de l’année 2000, dans laquelle le journal a remporté le prix de l’Hebdo de l’année. Sur une note plus triste, ce nouveau millénaire lui rappelle le décès de Nadine Gingras, à la fois collègue de travail et meilleure amie. « Ça a marqué toute l’équipe en poste. On en parle tous encore », termine-t-elle sur le coup de l’émotion.