Un temps des Fêtes solitaire

Un temps des Fêtes solitaire

Une partie de la population, surtout les aînés, passe le temps des Fêtes de manière solitaire.

Crédit photo : courtoisie

Au Québec, personne ne fête Noël de la même manière. Alors que la plupart des gens passent le temps des Fêtes en famille, une partie de la population célèbre Noël seule, que ce soit par choix ou par dépit.

Un texte de Marianne Julien

À Chambly, le Club Fadoq a bien compris la réalité de plusieurs personnes âgées qui passent Noël seules pour diverses raisons. « Certaines personnes n’ont juste plus de famille, il y en a qui sont trop éloignées et il y en a qui malheureusement ont été abandonnées », explique tristement Royal Adam, président du Club Fadoq du bassin de Chambly.

Il raconte que beaucoup de gens âgés sont touchés par cette situation: « S’ils pouvaient aller voir leur famille, ils le feraient, c’est sûr, mais s’ils sont malades, handicapés ou ne peuvent plus conduire, ils vont rester seuls. » De plus, la plupart de ces gens sont déjà seuls le reste de l’année et le temps des Fêtes est dur pour le moral, donc les organismes sont présents pour eux. « Ces gens-là ont connu les grosses familles et les gros réveillons, c’est alors difficile d’être tout seuls, illustre Royal Adam. Les organismes, on essaie d’être là. »

Pour ces gens, le club a organisé un dîner humanitaire le 3 décembre afin qu’ils aient au moins un repas en bonne compagnie. Les bénévoles vont chercher les participants à leur domicile ou à leur résidence et les amènent à leurs locaux afin de partager un repas.

L’après-midi est dédié à la distribution de cadeaux, aux jeux et un animateur essaie de les faire rire et danser. Selon Royal Adam, entre 80 et 85 personnes assistent à ce dîner annuel. « Ça apporte de la joie dans leur cœur, soutient-il. Dès qu’ils quittent les lieux, ils nous affirment qu’ils ont hâte au prochain. »

« On dirait que juste parce que c’est Noël, c’est déprimant de souper tout seul, on ne prend pas la peine de faire un festin. »
– Stéphane

Choisir le mode solo

Contrairement à ces personnes âgées, d’autres personnes ont fait le choix de passer Noël en solo, comme Stéphane, qui n’a pas voulu divulguer son nom de famille. Le Montarvillois de 48 ans est divorcé depuis plusieurs années et partage la garde de ses enfants avec son ex-femme, qui réside dans la région de Québec. Ça fait seulement quelques années qu’il habite à Saint-Bruno, le reste de sa famille vit au Lac-Saint-Jean, d’où il est originaire.

Depuis cinq ans, Stéphane passe Noël seul une année sur deux, puisque lui et son ex-femme ont convenu que c’était moins compliqué pour la garde des enfants. « Au début, on a essayé d’avoir les enfants pour chacun à Noël en s’arrangeant pour avoir des partys différents : j’avais le 24 et elle le 25, raconte-t-il. Mais avec toute la route qu’on parcourait, la gestion de nos horaires et ceux de la famille, c’était vraiment compliqué. »

Lorsque c’est à son tour d’être seul, Stéphane a également pris la décision ne pas visiter la famille au Lac-Saint-Jean, d’y aller seulement quand c’est à son tour d’avoir les enfants. « Les conditions routières ne sont pas toujours faciles dans ce coin-là et il y a beaucoup de trafic à Noël, donc ça me tentait plus ou moins d’y aller seul », reconnaît-il.

Stéphane avoue avoir trouvé les premières années difficiles : « On dirait que juste parce que c’est Noël, c’est déprimant de souper tout seul, on ne prend pas la peine de faire un festin; et ouvrir un cadeau reçu par la poste, c’est moins plaisant que quand on te le donne en mains propres. » Mais il s’est habitué au fil des ans et s’est trouvé des activités.

Par contre, le plus difficile serait le regard des gens, qui jugent parfois ce geste comme étant égoïste. « Je me suis déjà fait dire que c’était ‘’plate’’ de ma part de ne pas faire plus d’efforts pour voir ma famille à Noël, mais ce n’est pas tout le monde qui a de la famille près », se défend Stéphane. Selon lui, il y aurait aussi des gens qui le prennent en pitié, comme des amis ou des collègues qui l’invitent à souper pendant les Fêtes. « Ça me dérange moins que les gens soient désolés pour moi, mais je ne veux pas qu’on m’invite par pitié, poursuit-il. Contrairement aux gens qui se stressent à recevoir la famille à Noël, moi, j’en profite pour me reposer. »

Choix ou pas, plusieurs de ces personnes aimeraient tout de même avoir la chance de pouvoir se rassembler en famille.