Là-bas

Publié le 8 novembre 2016

Là-bas, j’ai eu comme une révélation. Je vous raconte. L’automne est en retard cette année, nous l’étions nous aussi. On tourne en rond. Y'a rien qui marche. J’ai dit à Lucie: «Habille-toi, on part.» Pour achever de la convaincre, il a même fallu que je cite Hugo. Non, non, pas Lapointe. Victor. Victor Hugo: «Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne…» Heureusement, cela a suffi, car j’avais totalement oublié la suite.

Rendus à destination, nous baignions dans la salutaire nostalgie déambulatoire quand soudain, au détour du chemin, en haut sur le mur, le soleil déclinant mit en exergue une sentence prophétique sculptée dans la vieille pierre: «L’ARTISTE EST UN MOUTON ÉCARTÉ DU TROUPEAU».

Enfin, je comprenais ma mère et je me comprenais! Ma mère qui, à peu près vers les cinq heures et quart, me disait tous les jours avec affection: «Viens souper, mon mouton noir.» C’était donc ça qu’elle voulait dire! On est tous différents et le mouton noir, c’est avant tout un mouton différent. Comme ça, l’artiste est un mouton écarté du troupeau, hein? Chose a eu beau écrire que «les plus beaux voyages, c’est ceux qu’on n’a pas faits», vous ne pouvez pas savoir comme cette petite parenthèse nous a fait du bien!

Comme à Dodo, jadis, je suppose! Le bikini, c’est le symbole de l’uniforme qu’on laisse tomber, l’uniforme de l’uniformité. La brosse à dents, c’est celle dont on divertit l’usage – surtout, ne gaspillons rien - pour se dépoussiérer dans les coins. Pas toujours besoin d’aller loin, n’est-ce pas, pour s’évader de soi-même. Allez, préparez-vous, un de ces quatre, je vous amène là-bas.

P.S.: Comment? Où, vous dites? Excusez-moi, c’est tout simple. Prenez au sud du soleil, un peu à droite de la lune, à peu près là ou commence le paradis. Redescendez lentement, suivez votre chemin. Dans un rien de temps, vous serez rendu… là-bas.

Mario Bégin, résident de Carignan