Mouvement #MoiAussi: Une jeune femme témoigne

Mouvement #MoiAussi: Une jeune femme témoigne

Le mouvement #MeToo (#MoiAussi),invite les femmes à dénoncer le harcèlement sur les réseaux sociaux

Dans la foulée du scandale Harvey Weinstein, aux États-Unis, l’actrice Alyssa Milano a lancé lundi dernier le mouvement #MeToo (#MoiAussi), invitant les femmes à dénoncer sur les réseaux sociaux le harcèlement sexuel dont elles ont été victimes. La vague a pris de l’ampleur jusqu’au Québec. Témoignage.

Une jeune femme de la région, qui a demandé de conserver l’anonymat, a décidé de suivre le mouvement. Au journal Les Versants, elle a pris la peine de se confier et de raconter.

Le matin du lundi 16 octobre, elle se lève et se prépare un café. Comme tous les matins, elle ouvre son téléphone pour les lire les dernières nouvelles. Elle découvre que le fil d’actualité de sa page Facebook est submergé de statut #MeToo. Plus la journée avance, plus elle lit des témoignages d’amies, de femmes, qu’elle admire, qu’elle aime, et qui relatent le cauchemar de toutes ces fois où elles ont fait face à du harcèlement et/ou une agression sexuelle. Et, elle aussi, elle marque #MeToo. Pour la première fois de sa vie, la trentenaire décide de s’ouvrir sur le sujet, de dire ce qu’elle a vécu. « Je pense que le temps est venu pour moi de me débarrasser de ce fardeau qui ne devrait pas m’appartenir », lance-t-elle.

Culture du viol

« J’ai toujours pensé qu’un viol, ça fait mal, que ça se produit dans une ruelle avec un couteau sur la gorge, et qu’on finit nécessairement à l’hôpital. Comme la plupart des gens, je croyais qu’un viol, c’était violent et agressif », soutient-elle. Mais c’est seulement en 2015-2016, lorsque les médias parlent de culture du viol et que des femmes témoignent, qu’elle réalise qu’elle aussi, elle avait été violée à plusieurs reprises au cours de sa vie. Mentionnons que l’expression « culture du viol » s’est répandue dans les médias à la suite des agressions présumées aux résidences de l’Université Laval, à Québec, et des allégations contre le député Gerry Slkavounos. « Un viol survient quand l’une des deux personnes ne donne pas son consentement. C’est tout. Ce n’est pas plus compliqué que ça! » indique l’intéressée.

En entrevue à Radio-Canada en novembre 2016, Pascale Parent, une intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Rimouski, répondait que la culture du viol est un « ensemble de comportements qui font en sorte qu’on banalise et même qu’on excuse les agressions sexuelles. On ramène la responsabilité de l’agression sur le dos de la victime, et on remet en question la parole de la femme. »

« Je croyais qu’un viol, c’était violent et agressif. »

Un premier viol

« J’ai subi mon premier viol à l’âge de 14 ans. Après une fête de Saint-Jean bien arrosée, j’ai arrêté chez un ami en retournant vers chez moi. Il y avait un party. Un garçon de 23 ans que je connaissais un peu était devant la maison avec des amis. Il m’a demandé si je voulais un lift; comme j’habitais assez loin, j’ai accepté. Je me suis assise à côté de lui dans l’auto et il s’est mis à me faire des avances, que j’ai déclinées. Rapidement, il a insisté et à un moment, je n’ai plus eu le choix. Je me souviens avoir dit non jusqu’à ce qu’il soit en moi. Après, je me suis laissé faire. J’ai fait la morte et j’ai attendu que ça finisse. Je me rappelle son corps, gros, sur le mien. J’ai le souvenir du rire de ses amis qui étaient autour de l’auto et qui ne faisaient rien, en pensant, peut-être, que j’étais consentante. Quand tout a été fini, il m’a déposée devant ma maison, comme prévu. Je suis arrivée à l’heure, et mes parents n’en ont rien su. » Elle affirme qu’à la suite de ce cauchemar, elle se sent sale; elle croit aussi que c’est sa propre faute. « J’aurais dû me défendre mieux que ça; j’avais bu. Je n’en ai pas fait un plat parce que je croyais que c’était ma faute, que c’était moi, le problème. » Elle le revoit quelques semaines plus tard et son agresseur vient lui dire à quel point il avait aimé ce moment. « Il me décrit tout en détail, jusqu’à la taille de son sexe. Il me dit avec sa voix d’homme : “Regarde comme tu es petite et tu as pris tout ça en toi…” J’étais dégoûtée. Par moi. »

Deuxième viol

Quand elle a 17 ans, la jeune femme va faire du camping avec des amis. « On avait eu du fun toute la journée, puis on s’est couchés dans une tente au lever du soleil. Il y avait trois autres personnes dans la tente. Jamais je n’aurais pu penser que je n’étais pas en sécurité. Il a commencé à me toucher, à me dire qu’il ne me ferait pas de mal, que j’allais même aimer ça. J’étais pétrifiée. Je n’arrivais pas à crier. Je disais non et je le repoussais. Ça a duré 15 minutes, peut-être plus. Enfin, une des autres personnes qui était dans la tente s’est levée pour aller aux toilettes et il a arrêté. Je n’en ai jamais parlé non plus. Cet homme, aujourd’hui, a une femme et deux petites filles. J’espère tellement qu’il se souvienne ce qu’il m’a fait subir et que ça n’arrivera pas à ses filles. »

Troisième viol

La troisième agression se produit lors d’un rapport qui est à la base consentant. À 17 ou 18 ans, elle côtoie alors un ami qui lui plaît énormément. Après une fête, ils décident d’avoir un rapport sexuel. « Tout allait bien, jusqu’à ce qu’il décide de me sodomiser sans même le proposer, chose que j’aurais refusée. Je me rappelle la douleur incroyable. J’ai hurlé et j’ai quitté. Il s’est excusé en disant que c’était un accident. Mais quelques années plus tard, j’ai appris que son trip, à lui, c’était de sodomiser les filles sans leur consentement. Je vois cet homme très souvent et je n’ai jamais eu le courage de lui en reparler. »

Elle ajoute : « Il m’aura fallu une quinzaine d’années pour comprendre que ce que j’avais vécu n’était pas ma faute. Que des hommes ont profité de moi. Je n’ai pas fini dans une ruelle avec un couteau sur la gorge et Dieu merci, mon esprit m’a permis d’oublier suffisamment pour m’aider à vivre normalement. Aujourd’hui, je n’ai plus aucune tolérance envers les actes de harcèlement. »

Se faire dire d’en montrer davantage, de mettre des robes, ou encore d’être qualifiée de femme « sexy et chaude » installe d’emblée une méfiance chez elle. « C’est aussi ça, le harcèlement. Mais tu sais quoi? Je me trouve belle, forte et grande du haut de mes 5 pieds. J’ai envie de dire “Je m’excuse” à mes proches. Si vous me reconnaissez, sachez que j’aurais pu vous en parler, mais ce n’est pas si simple que ça. Ce n’est pas moi qui ai un problème. Ce n’est pas pour moi qu’il faut être triste, c’est pour eux. Peut-être que ces trois hommes vont se reconnaître, et c’est tant mieux. »