Pacioretty : le joueur révolté

Une chronique de Jean-Philippe Pleau, le Sportnographe

Publié le 3 février 2017

Max Pacioretty et Carey Price

©THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

La semaine dernière, alors que Canadien ne jouait pas, je marchais dans les rues à la recherche du match perdu. Mon regard croisa alors un livre dans la fenêtre de la librairie : Camarade, ferme ton poste, le nouvel essai de Bernard Émond. N’ayant rien à faire, je l’ai acheté, moi qui venait justement de fermer mon poste de tévé pour quelques jours en attendant le retour de Canadien.

Cent cinquante pages plus tard, j’avais compris que le message de M. Émond était somme toute assez simple : regardez moins la tévé, lisez plusse. Je suis donc retourné à la librairie et je me suis procuré Ou bien… Ou bien du philosophe danois Soren Kierkegaard ; 620 pages écrit en super petit. J’ai pas compris grand-chose, à part le fait que dans l’univers de Canadien, on utilise vraisemblablement à tort le mot espoir.

En effet, selon M. Kierkegaard, l’espoir renvoie à l’idée d’une possibilité de voir se réaliser ce qu’on souhaite (genre, la Stanley). En revanche, il définit l’espérance comme étant l’espoir de l’impossible et de l’absurde.

Les espérances du repêchage

Ainsi, considérant que Canadien n’a absolument aucune chance de gagner la coupe Stanley et ce, depuis 1993, j’ai réalisé que l’organisation, les amateurs ainsi que les journalistes et les commentateurs sportifs font une grave erreur de sens en parlant, à toutes les sauces, d’espoir plutôt que d’espérance.

À titre d’exemple, Louis Leblanc n’était pas un espoir de Canadien, mais bien une espérance de Canadien. Ça fait moins viril, mais il va s’en dire qu’espérer l’impossible, avec Leblanc, c’était précisément ça.

Peut-être que l’organisation, les amateurs, les journalistes et les commentateurs sportifs préfèrent le mot espoir à l’espérance en raison du fait que la croyance en l’impossible et l’absurde (l’espérance, donc), semble conduire logiquement au suicide et qu’il ne serait pas souhaitable que l’entièreté de Canadien se donne la mort.

Toutefois, ce serait mal comprendre la thèse d’un certain Albert Camus qui, dans L’Homme révolté, soutient que le suicide n’est pas cohérent à titre de réponse à l’absurde, car il faut être en vie pour en constater l’absurdité. À titre d’exemple, un joueur mort n’aurait pas pu constater l’absurdité de l’échange de Patrick Roy au Colorado en décembre 1995.

Par ailleurs, si les joueurs repêchés ne sont pas des espoirs, mais bien des espérances, en revanche, des joueurs comme Max Pacioretty sont des joueurs révoltés, au sens de la révolte qu’en donnait le bon vieux Camus.

Pacioretty semble en effet assumer pleinement l’absurdité de jouer pour Canadien année après année sans avoir de réelles chances de gagner la Stanley, célébrant du coup toute la beauté de pouvoir jouer au hockey et de scorer plein de buts chaque saison pour strictement rien, à part pour honorer sa grosse paie.

Bon. Sur ce, j’appelle Ron lundi soir et je tente de name droper Bernard Émond, Soren Kierkegaard et Albert Camus en ondes. Je vous en reparle.

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